Aujourd’hui je me suis levé avec la gorge remplie d’aiguilles et les oreilles coulées sous du ciment. Peu après j’avais pris la décision de rester au chaud à la maison et d’aller à l’hôpital Huashan à la première heure.
“Perché” au quatrième étage au calme dans le quartier des hauts fonctionnaires de l’ancienne Concession française de Shanghai, je n’imagine pas un instant que d’autres gens vaquent à leurs petites vies en dehors, et qu’il faudra affronter les foules asiatiques dans peu de temps. Je m’habille chaudement car le vent glacial vient jusque dans la cage d’escalier de béton me frigorifier les os.
Pour attraper un taxi, même sur l’avenue Huaihai, il faut jouer avec les autres Shanghaïens au jeu du plus malin – je remonte à contre courant le traffic et fini par passer sous le nez de deux autres piétons postés au bord du trottoir, main en l’air.
D’habitude, c’est moi qui engage la conversation avec le chauffeur, histoire de parler un peu chinois et d’en apprendre toujours plus sur la vie et les vues de cette race incroyable que sont les taxiteurs. Mais aujourd’hui ma gorge enflammée et mes oreilles ensablées ne me permettent pas d’être aussi enjoué que ce chauffeur amusant qui me bombarde de questions – toujours les mêmes certes (de quel pays viens-tu? es-tu ici pour travailler ou pour les études? Tu connais Chirac, Sarkozy, Zidane, Mitterand? …). Du coup il expédie la petite course et bougonne que je ne descends pas assez vite de son carrosse au vu du traffic emmêlé de la rue Wulumuqi, toujours aussi étroite et populaire. Je file au 8e étage de l’hôpital, service réservé aux étrangers, en passant par l’ascenseur “de derrière”, ce qui me fait penser à l’expression chinoise éponyme. Un système à plusieurs vitesses. Je remercie ma bonne étoile de faire partie d’une boîte qui m’assure à presque 100% – je sais que je n’ai rien à débourser. Je patiente cinq minutes et croise du regard une connaissance – nous nous ignorons poliment et mutuellement du coin de l’oeil.
Le docteur qui me reçoit ne me dit pas bonjour. “Asseyez-vous.” Son anglais est rudimentaire. Il m’écoute, mais comprend-il seulement la moitié de ce que je lui raconte? Je n’ai pas la force de transformer mon anglais en bouillie. Il m’ausculte, doucement, mais ne pose aucune question sur une éventuelle fièvre, ses mes habitudes alimentaires, de santé ou autre. Il expédie tout cela. A plusieurs reprises il pousse mollement la porte du cabinet mais jamais assez fort pour qu’elle se referme. Tant pis pour l’intimité. “Pas d’alcool, pas d’épice, beaucoup de sommeil.” Oui, Monsieur. Passez à la caisse. Pas de question sur mes éventuelles allergies ou autres. Je ne sais pas ce qu’il gribouille en chinois.
Le deuxième comptoir. Une pharmacienne m’explique qu’il faut que je prenne des comprimés, ici c’est trois fois par jour avant les repas, et là deux fois par jour après les repas. Je ne paye rien. Je repars.
Je me sens un peu mieux, il fait beau, froid. Je décide de rentrer en marchant.
Je croise le regard d’autres “laowai”, ces longs-nez qui, comme moi, repérables à cent mètres à la ronde, se promènent en semaine en ville. Je bifurque. Petite rue bien connue de moi. J’ai faim. Je repère une fleuriste, je lui achète des crochets pour pots de fleurs. A côté, un petit restaurant de nouilles du Xingjiang. Il règne dans ces dix mètres carrés un air de neuf. Je demande des nouilles sans viande et sans épices. Ils les préparent devant moi, à l’ancienne, par ce geste millénaire qui envoie se tortiller en l’air cette pâte qui peu à peu se transforme magiquement en longs fils blancs. Je demande à celui qui semble être le patron, un homme d’une quarantaine d’années, peut-être moins, le visage lisse et doux, et des yeux calmes, très calmes: “Cela fait longtemps que vous travaillez ici?” Il me répond “dix jours” mais au début je crois avoir mal compris. Ils viennent de Qinghai, et ont débarqué il y a peu. Moi et mes sept années de Shanghai, ça lui en bouche un coin. Je rentre chez moi, le plat de nouilles est toujours chaud.
L’après-midi je me décide à bouger un peu. Je prends mon vélo et le bruit incessant et agaçant du pédalier me rappelle que je dois aller le faire réviser à mon petit réparateur. Il ne me fait plus payer les petites retouches comme celle-ci, et je me rends toujours à son coin à chaque problème. Je lui amène parfois des clients. En quelques minutes, mon vélo est comme neuf. Pas pour longtemps, je sais.
Ensuite, dernier arrêt, mais important, je vais voir Yan.
Yan est un jeune Chinois originaire d’une province voisine de Shanghai et qui a ouvert plusieurs magasins de chaussures de cuir sur mesure dans le coin, et a prospéré en quelques années grâce à son insatiable désir de faire mieux, et de gagner assez d’argent pour sa femme, son enfant, et ses années de retraite qu’il prévoit de prendre dans une dizaine d’années. Parti de rien ou presque, à la fin de ses études, Yan décide avec son grand frère, de relancer le commerce du cuir que son père avait entrepris étant jeune mais qu’il avait par la suite perdu à la suite d’aléas financiers peu clairs.
Avec 400 yuans en poche, il était arrivé dans la banlieue de Shanghai, vivait dans un trou à rats sans lumière du jour, et travaillait le cuir pour des magasins qu’il fallait livrer en ville et qui lui donnaient une misère en contrepartie de son laborieux savoir-faire. Refusant de travailler pour une entreprise, il finit par se mettre à son compte et ouvre un premier petit magasin. Son goût pour la qualité, son visage jovial, différent, sa joie de vivre naturelle, tout cela lui assure un succès rapide.
Il possède aujourd’hui plusieurs maisons, à Shanghai et ailleurs. Il ne s’occupe plus que des idées de créations et dessine – il laisse la confection à d’autres artistes ou bien carrément des usines dans le cas de grosses commandes. Il possède beaucoup d’idées. Il aime les antiquités, les beaux objets, et, s’il cherche à faire de l’argent, c’est moins dans l’esprit malsain que je retrouve beaucoup chez les Chinois qui ont maintenant entre quarante et cinquante ans. Il m’explique qu’il veut être heureux avec sa famille. Il n’a aucune gène à me détailler ses comptes bancaires, ses marges de profit ou autres détails pécuniaires. Nous buvons beaucoup de thé, il me reçoit toujours dans sa boutique avec beaucoup de chaleur.
Il me propose de me faire deux paires de bottines en cuir sur mesure, en remboursement d’une dette à mon égard. Nous convenons de la première. Nous parlons d’argent, de la vie, de ses idées. Il me propose même de penser à travailler avec lui. Je lui explique que je n’ai pas la fibre du commerce, encore moins en Chine, que je travaille avec le savoir, une des rares choses qui ne se vend ni ne s’achète (malgré ce que les gens disent), et que mes autres intérêts, à savoir la musique et le théâtre, n’ont jamais vraiment généré de grands revenus.
Après deux bonnes heures en sa compagnie, je rentre me reposer, achetant au passage un rouleau de ficelle (les crochets pour mes pots de fleurs ne sont pas adaptés), mais la ficelle n’est pas une bonne idée non plus.
Je finis l’après-midi en cuisinant un peu, en annulant ma répétition de théâtre, en regardant quelques films. Le froid tombe enfin sur Shanghai. C’est un vent cinglant qui l’apporte, aujourd’hui 1er décembre, tardivement dans l’année. Dans vingt jours, je suis au soleil.
Shanghai, chez moi. Pour combien de temps? Je ne me pose plus vraiment la question, car je sais intuitivement que la question n’a aucun sens. A quoi bon quantifier un désir, les aléas de l’âme, les conséquences des rencontres, les surprises de la vie?
Aujourd’hui je me suis assis et j’ai regardé la vie de biais.
01/12/2011
Pensées d’une journée de biais
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20/09/2011
Je ne sais pas faire semblant. Je ne sais pas être à moitié. Je ne sais pas oublier le lendemain la vérité de la veille au soir. Je ne sais pas non plus attendre, voir si le temps arrange les choses au mieux pour moi. Je ne sais plus avoir peur des choses évidentes, seulement de celles qui me donnent envie de continuer et de m’élever. Je ne sais pas prétendre ne pas vous connaître, ne pas vous avoir connu. Je ne sais pas vous ignorer, et je ne sais pas comment vous m’ignorez. Je ne sais pas comment vous vivez votre vie de peurs et d’attentes, je ne sais pas faire ça. Je ne sais pas comment, mais j’essaie de me débarrasser de mon leste. Je ne sais pas comment vous vivez votre journée sans penser à l’essentiel, sans écouter votre propre voix, sans écouter la mienne. Je ne pèche pas par orgueil ni vanité, mais par naïveté. Je ne sais pas pourquoi nous ne prenons pas finalement tous le même chemin simple et évident. Je ne sais pas pourquoi les gens se mentent, et me mentent. Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de vous faire violence et de ne plus jamais vous parler. Je ne sais pas si j’ai tort ou raison, mais pourtant j’avance. Je ne sais pas pourquoi vous restez chez vous dans votre petit crâne, alors que le vent souffle sur vos cheveux. Je ne sais pas pourquoi vous ne savez pas que vous pouvez être beaux. Je ne sais pas vous cacher ma vérité. Je ne sais pas m’arrêter de vous le dire. Je ne sais pas ne pas être moi-même, je ne sais pas me retenir de peur de. Je ne sais pas faire avec. Je ne sais pas me contenter. Je ne sais pas attendre, attendre, attendre. Je ne sais plus. Je ne sais plus me taire, je ne sais plus perdre ceux que j’aime, je ne sais plus serrer les dents et fermer les yeux et oublier et faire comme si. J’ai donné. Je ne sais pas comment vous vivez, mais je ne peux plus vivre comme vous. Alors je vous tue.
***
I don’t know how to pretend. I don’t know how to be the half of me. I don’t know how to forget last night’s truth when morning comes. I don’t know how to wait either, to see if time makes things better for me. I don’t know how to fear the obvious things any more, but only the ones that make me feel like going on and rising up. I don’t know how to feign my not knowing you, my not having known you. I don’t know how to ignore you, and I don’t know how you ignore me. I don’t know how you live your life of fears and waiting, I just don’t know how to do this. I don’t know how, but I try to let go of my weight. I don’t know how you go through your day without thinking of the crucial things, without listening to your own voice, without listening to mine. I am not too proud or vain, but too naïve. I don’t know why we do not all end up by going down the same simple and obvious path. I don’t know why people lie to each other or lie to me. I don’t know how to force you and never speak to you again. I don’t know if I’m right or wrong, and yet I go on. I don’t know why you stay at home in your little skulls when the wind is blowing in your hair. I don’t know why you don’t know you can be beautiful. I don’t know how to hide my truth to you. I don’t know how to stop saying this to you. I don’t know how not to be myself, I don’t know how to restrain myself for fear of. I don’t know how to make do. I don’t know how to settle for half. I don’t know how to wait, wait, wait. I don’t know anymore. I don’t know how to shut up any longer, I don’t know how to lose the ones I love any more, I don’t know how to grind my teeth and close my eyes and live as if any more. I’ve had my share. I don’t know how you live, but I cannot live like you any more. And so I have to kill you.
31/08/2011
A little more than a year has elapsed since my last post. I’m not concerned about not sharing my views with the rest of the blogosphere.
I’ve just had a fantastic summer again – more music than ever, a trip through Northern Italy with a good friend, more babysitting with my nieces, more encounters…
Signs need to be picked up, like a vibe in a jazz bar. The universe keeps telling you stuff you need to heed. Pay attention, be alive, open your eyes.
My needs, desires, have recently (?) changed. Or I have acknowledged them better recently. That is relieving. Let’s see what the world has in store for me.
I am thoroughly happy, on my merry little way to more and better experiences.
I love you all.
22/08/2010
Last of the Summer Wine
Posted by Julien under All About Me, Amis, Travels, voyages | Tags: été, decision, France, partir, summer, voyages |Leave a Comment

Well, all good things must come to an end before better things can take their place.
In a little more than 48 hours, I’ll be on a plane to China, again, switching lives once more. Summer is not over, but my time in France is. Almost.
It’s been a fantastic summer – consisting mainly of rest, family reunions, quality food, friends, spur-of-the-moment trips, new encounters, nice surprises. It’s been, amongst other things, the longest summer I’ve spent in France in many years.
Do I miss China? I miss my life there, yes – I have more leeway, let’s say – it’s easier to get around, cheaper, and busier (job, music, massages!), and there are definitely more friends around to spend an evening with. There’s a different me over in Shanghai. A me who’s more in charge of itself.
I’ll miss my family of course. The proximity. Their being close to me. Their voices, new words, old & new conversations weaving their idiosyncrasies through our family’s fabric. When I’m here, I draw the old contours of myself with new, hopefully wiser, more assured strokes. An old painting looking different under an ever-changing light.
There’s also a little being that I’ll miss even more: my niece. I want her to remember me as the “Uncle in China.” I want to start sculpting the myth – full of travels, mysteries to be unveiled, lands to be discovered, planes to be taken (and feared, and enjoyed), paths to be trodden together, sharing the tacit understanding of a joy beyond words when one’s eyes meet a secret, beautiful place. I trust my sister will help nurture the story behind the story, and tell her adventures of mine (and maybe, one day, of hers, too) before they go to sleep.
What are my projects? More music, definitely (setting up a band with friends). More travels (Cambodia, Sichuan Province, Brunei, … maybe South America again…). Better teaching. In two years, the big jump.
I would like to express my thanks to: my parents, my sister, my grandmothers, Clyde, Eric, Stéphane, Vichhay… And many others. Also, I am not forgetting the departed. They’re always with me, especially before I close my eyes at night. I miss you too dearly.
I need to go back to writing again. That is the most painful thought: to remember that, over some time, without even noticing it, I just stopped writing.
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Who understands this post’s title reference?
23/07/2010
Back in France for more than 2 weeks now. Blaring. Beautiful. Boggling, as in mind. Scorching weather, purest blue skies, most perfect beaches, indescribably magical moments with family. New friends, new routes, new happenings.
Keep on swinging
18/12/2009
… and blogging again! Yes, blogs are closely monitored in China, it’s not easy to access them and manage them from Shanghai.
What’s to say after 4 months back in Shanghai?
Lots, actually.
I work well, meet a lot of new people, reconnect with the good old friends, keep on making music, and work on long-term goals. Generally happy.
And even happier to be home for Xmas, for the first time in years. If I remember correctly, these are the places I found myself over the last years, at Xmas:
2008 – San Julian, Patagonia, Argentina
2007 – Koh-Lanta, Thailand
2006 – Hong Kong
2005 – Montpellier, France
2004 – Lianyungang, China
But this year is doubly special. It’s my 10-month-old niece’s first Christmas ever.
Happy end of December, folks.
28/07/2009
Je n’ai pas le temps d’aimer à moitié. Je n’ai plus le temps d’aimer mal. Je n’ai plus envie de cacher mes amours.
J’aime les gens. Je les embrasse, des bras et des lèvres. Je les regarde, j’essaye de voir au fond de leurs yeux leur âme bringuebalant dans la houle des jours inégaux. Je les touche, leurs peaux, leurs coeurs.
Je dis mon amour. Tant pis s’il est mal entendu. J’ose avouer mon attirance, et tente de vivre mes sentiments du mieux que je peux. J’aime mille et une personnes de mille et une façons. Je n’ai plus besoin de cacher mes mains, mes yeux, mes lèvres, d’avoir honte.
C’est pour toujours, c’est pour un jour, c’est pour ton âme ou ton panache, c’est pour ta voix ou pour tes mots, je t’aime. Je vous aime.
05/07/2009
“La louve engageante.” A une lettre près, presque parfait.
04/07/2009
My summer plans in France
Posted by Julien under chine, France, jazz, music, shanghai, Travels, voyages | Tags: jazz, life, music, partir, shanghai, South, voyages |Leave a Comment
July 4th+5th – Partying with old friends in the Provence back country
July 7th – One-day trip to Marseille to file a visa application at the Chinese Consulate
July 15th (?) – Same day-trip to pick up said visa
July 21st to 28th – Visiting old places and old friends in England (Bristol+London)
August 3rd to 10th – Two jazz concerts in Marciac and one big road trip through the South-West countryside
August 11th-16th – Taking care of last minute details for my next move (sending my trunks off to Shanghai, etc.)
August 17th – I leave France for China
August 18th – I arrive at Shanghai and start a new life
August 25th+26th – Teachers’ inset day at the French School of Shanghai
August 29th – Comeback party at JZ Club, Shanghai (all welcome)
August 31st – First day of school year (let the good times ro-O-oll)
